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Hors série n°47 - Spécial Côte d'Ivoire

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La réussite ivoirienne ? Prospérité et… réconciliation

Éditorial

Si l’on examine le premier quinquennat – 2010-2015 – d’Alassane Dramane Ouattara (ADO), il apparaît que son bilan économique se révèle plus qu’encourageant. On retient notamment qu’en matière de pouvoir d’achat, le salaire minimum dans le privé a quasiment doublé, passant de 36 000 à 60 000 FCFA. Même tendance dans le public, où des revalorisations salariales ont été décidées. On observe également que dans le secteur agricole, des réformes pour le moins favorables aux producteurs ont été introduites à partir de 2012 : elles leur garantissent dorénavant le versement de 60 % du prix de vente (contre 50 % auparavant) sur le marché mondial. Des mesures qui touchent les quelque 700 000 planteurs du pays. Enfin, en matière de protection sociale, le chef de l’État a fait voter en mars 2014 une loi instaurant une couverture maladie universelle (CMU) pour permettre aux plus démunis de bénéficier d’une prise en charge des risques santé.

Mais ADO sait bien que pour son deuxième quinquennat, la croissance démographique constitue l’un des enjeux majeurs : 78 % de la population a moins de 35 ans, et le pays doit créer des emplois pour absorber l'arrivée de la jeunesse sur le marché du travail. Des emplois marchands qui doivent aller au-delà des programmes du Bureau de coordination des programmes emploi financés notamment par la France et la Banque mondiale. En guise de réponse du gouvernement à cette problématique, citons entre autres le programme Phoenix, lancé par le ministre du Commerce Jean-Louis Billon en 2013. Phoenix vise à doter la Côte d’Ivoire, à l’horizon 2020, d’une masse critique de PME compétitives, c’est-à-dire d’un ensemble de 100 000 à 200 000 PME solides. Un programme censé aboutir à la création de 400 000 à 600 000 emplois et dont le coût est estimé entre 150 et 200 milliards de FCFA. Les banques locales ont manifesté leur accord pour le financer.

L’ambition d’ADO de faire de la Côte d’Ivoire une économie émergente est loin d’être une utopie. Son pays est l’un des rares d'Afrique de l'Ouest à présenter un excédent de la balance commerciale, ce qui signifie qu'il exporte plus qu'il n'importe. Il est premier producteur mondial de cacao avec plus de 35 % des récoltes de la planète. Ce secteur, qui bénéficie de la bonne tenue des cours internationaux, fait vivre près d'un quart de la population ivoirienne, avec des exportations de fèves et de cacao transformé représentant 29 % des recettes d'exportation. Mais la Côte d’Ivoire a aussi su diversifier son agriculture. Certes, elle a perdu sa place de leader dans la production café (12e rang mondial en 2013 après avoir été le 3e producteur pendant 30 ans), mais elle est dorénavant numéro un dans celle de noix de cajou. Accroître sa capacité à transformer les produits sur place fait aussi partie des buts majeurs poursuivis par le gouvernement.

Ainsi Cémoi, premier chocolatier français derrière Barry Callebaut et Cargill, implanté depuis vingt ans en Côte d’Ivoire, a ouvert le 18 mai 2015 la première usine de transformation de cacao du pays dans la zone industrielle de Yopougon, à l’ouest d’Abidjan, et doit créer près de 350 emplois. Contribuer à la reconnaissance de l’origine Côte d’Ivoire comme une origine de cacao supérieur est l’un des objectifs de Cémoi, également déterminé à faire du marché ivoirien sa rampe de lancement pour atteindre l’ensemble de la région CEDAO, soit plus de 350 millions de consommateurs. L’élection présidentielle de 2015, tenue dans un climat apaisé et gagnée haut la main par ADO avec un score « à la soviétique » de 83,66 %, devrait contribuer à encourager les investisseurs à miser sur une Côte d’Ivoire devenue très attractive et forte d’un marché de 23 million d’habitants. Les ouvertures de filiales Carrefour, FNAC et autres Decathlon en sont notamment la preuve.

Mais derrière l’embellie économique et la robustesse d’un PIB qui devrait dépasser les 9 % en 2016, les soucis d’ADO sont plutôt d’ordre politique. Car, si la Côte d’Ivoire aspire à devenir un pays émergent à l’horizon 2020, cette ambition ne peut aboutir que si les tensions politiques qui persistent actuellement ne dégénèrent pas demain en conflits destructeurs. Raison pour laquelle la réconciliation semble s’imposer comme le chantier le plus important pour l’avenir du pays. Le procès actuel à la Haye de l’ancien président Laurent Gbagbo et de son ministre plus connu sous le triste nom de « général de la rue » que sous son patronyme Blé Goudé sont là pour le rappeler. N’omettons pas non plus de signaler qu’au lendemain de la présidentielle, une rencontre au sommet entre l’opposition conduite par Pascal Affi Nguessan, président du FPI, et le président Ouattara s’est tenue au palais durant près de 3 heures pour discuter notamment du découpage électoral, du financement des partis politiques, de la gestion des processus électoraux ou encore des points litigieux tels que la libération des détenus appartenant à l’opposition et emprisonnés à la suite des événements sanglants de 2010 (1). Peut-on parler des prémisses d’une décrispation politique ? À suivre…

(1)   (1) Une guerre fratricide qui se solde par plus de 3 000 morts va opposer le candidat Laurent Gbagbo, président sortant reconnu par le Conseil constitutionnel, et le candidat Alassane Ouattara, reconnu par la Commission électorale indépendante et la communauté internationale, chacun revendiquant la victoire. Laurent Gbagbo est finalement arrêté le 11 avril 2011. Le dernier bastion pro-Gbagbo tombe le 4 mai suivant ; le même jour, Alassane Ouattara est proclamé chef de l'État par le Conseil constitutionnel, et un grand nombre de partisans de l’ex-président sont arrêtés.

Par Nicolas Delecourt

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